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Banido
L'ancien patron emblématique de Volvo revient en Suède pour veiller sur Tele2 et Metro
LE MONDE | 02.09.04 | 15h38
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Pehr G. Gyllenhammar dresse le bilan de ses 22 ans à la tête du groupe automobile suédois.
Stockholm de notre correspondant
Au dernier étage de la maison plus que centenaire abritant le siège de son nouvel employeur, dans la vieille ville de Stockholm, Pehr G. Gyllenhammar n'évoque qu'avec réticence ses années à la tête de Volvo. Certes, il est "fier" d'avoir, pendant deux décennies, dirigé ce groupe axé sur les transports (automobiles, poids lourds, moteurs d'avions et de bateaux). "Mais je ne veux plus parler de tout cela. Volvo, je l'ai quitté il y a onze ans, c'est de la vieille histoire !", finit-il par lâcher, un brin agacé par le rappel de cette époque et, en particulier, de la fusion avortée avec le français Renault, en 1993.
Celui qui a été l'un des patrons les plus respectés et redoutés de Suède a tourné la page. Depuis une décennie, ce dirigeant toujours tiré à quatre épingles vit et exerce diverses fonctions à Londres. Président du conseil d'administration d'Aviva, le premier assureur britannique, et vice-président de la banque Rothschild Europe, il vient toutefois d'accepter, à 69 ans, un mandat qui le ramène dans son pays natal et... à son passé. Depuis le 26 août, il pré-side le conseil d'administration de Kinnevik.
Cette holding est l'une des plus puissantes de Suède, au côté de l'empire de la dynastie Wallenberg. Elle chapeaute diverses compagnies, dont l'opérateur téléphonique Tele2, le groupe audiovisuel Modern Times Group et Metro, le quotidien gratuit d'information présent dans seize pays, dont la France. "J'ai toujours trouvé cet ensemble de groupes audacieux, explique M. Gyllenhammar de sa voix pointue. Il a su parier sur toutes sortes d'innovations en complément d'activités traditionnelles (bois, papier)." Sous la houlette de Jan Stenbeck, mort en 2002, "ce groupe à part en Suède s'est formé tout seul et a préservé sa liberté. Cela correspond à mes valeurs et à mon tempérament".
Après avoir pris les rênes de Volvo en 1971, à l'âge de 35 ans, "PG", comme le surnomment ses compatriotes, a tenté diverses alliances pour assurer le développement d'un groupe qui allait devenir le plus puissant de Suède. D'abord avec Scania, son rival suédois dans les poids lourds, puis avec l'Etat norvégien, en échange de participations dans des champs pétroliers de la mer du Nord. En vain. Il s'est ensuite associé, dans les années 1980, à des partenai- res locaux qui se sont révélés peu fiables.
"Les erreurs que j'ai commises dans ma vie, la presse suédoise en a dressé une longue liste !", ironise- t-il en plissant ses petits yeux. Mais le mariage - manqué - avec Renault ne mérite pas, à son avis, de figurer sur cette liste. "C'était un bon projet. Cela n'a pas fonctionné. Mais je ne regrette pas d'avoir essayé", assure celui qui a été désavoué sur ce dossier par ses actionnaires et lâché par quelques-uns de ses adjoints, à l'automne 1993.
"Cette affaire était très sensible", se souvient-il. D'une part, en raison des liens qui unissaient encore Renault à l'Etat français. D'autre part, parce que celui-ci est "connu pour être parfois très interventionniste". En outre, insiste "PG", Paris a tardé à se décider : "Plus de deux ans, c'est trop long." Aussi, lorsque le gouvernement d'Edouard Balladur s'est enfin jeté à l'eau, poursuit-il, la réaction a vite été négative côté suédois, parce que Volvo, contrairement à son partenaire, était en train de sortir d'une période difficile.
M. Gyllenhammar n'évoque pas ses responsabilités dans le dossier. Et, notamment, le fait qu'il ait tardé à rendre publiques les exigences de l'Etat français en vue d'obtenir une voix prépondérante dans le futur groupe. "Tout peut toujours être fait d'une autre façon,concède-t-il. Je n'ai pas beaucoup réfléchi à cette histoire, après coup. Je préfère garder de l'énergie pour aller de l'avant."
Le Suédois observe qu'aujourd'hui "Renault est une entreprise efficace et bien gérée. Ceux qui disaient que cette société n'était pas digne d'une alliance -avec Volvo- doivent revoir leur jugement...". Pourtant, "c'était risqué" de la part du français de prendre, en 1999, une participation (44,4 %) dans le japonais Nissan alors que celui-ci se portait mal. "L'alliance a fonctionné. Nissan a beaucoup gagné en valeur, elle dispose d'une direction respectée et talentueuse, ce qui a bénéficié à Renault."
Il se félicite aussi de la bonne santé actuelle de Volvo, tout en estimant qu'il aurait pu éviter de vendre sa division voitures - "le joyau du groupe" - à l'américain Ford en 1999. Quant à l'alliance conclue un an plus tard entre Volvo Poids lourds et la filiale camions de Renault, elle n'a fait que suivre "ce que nous avions préparé de mon temps...".Parce qu'elles sont cotées en Bourse, M. Gyllenhammar se refuse à tout commentaire à propos des entreprises de la sphère Kinnevik, en cours de réorganisation sous l'impulsion de Cristina Stenbeck, la fille aînée du patron décédé. S'il a accepté d'épauler cette femme de 26 ans, ce n'est en tout cas pas pour se venger des événements de 1993, assure "PG". "J'ai assez confiance en moi pour ne pas avoir à chercher à prendre une quelconque revanche."
Antoine Jacob
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-377576,0.html
LE MONDE | 02.09.04 | 15h38
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Pehr G. Gyllenhammar dresse le bilan de ses 22 ans à la tête du groupe automobile suédois.
Stockholm de notre correspondant
Au dernier étage de la maison plus que centenaire abritant le siège de son nouvel employeur, dans la vieille ville de Stockholm, Pehr G. Gyllenhammar n'évoque qu'avec réticence ses années à la tête de Volvo. Certes, il est "fier" d'avoir, pendant deux décennies, dirigé ce groupe axé sur les transports (automobiles, poids lourds, moteurs d'avions et de bateaux). "Mais je ne veux plus parler de tout cela. Volvo, je l'ai quitté il y a onze ans, c'est de la vieille histoire !", finit-il par lâcher, un brin agacé par le rappel de cette époque et, en particulier, de la fusion avortée avec le français Renault, en 1993.
Celui qui a été l'un des patrons les plus respectés et redoutés de Suède a tourné la page. Depuis une décennie, ce dirigeant toujours tiré à quatre épingles vit et exerce diverses fonctions à Londres. Président du conseil d'administration d'Aviva, le premier assureur britannique, et vice-président de la banque Rothschild Europe, il vient toutefois d'accepter, à 69 ans, un mandat qui le ramène dans son pays natal et... à son passé. Depuis le 26 août, il pré-side le conseil d'administration de Kinnevik.
Cette holding est l'une des plus puissantes de Suède, au côté de l'empire de la dynastie Wallenberg. Elle chapeaute diverses compagnies, dont l'opérateur téléphonique Tele2, le groupe audiovisuel Modern Times Group et Metro, le quotidien gratuit d'information présent dans seize pays, dont la France. "J'ai toujours trouvé cet ensemble de groupes audacieux, explique M. Gyllenhammar de sa voix pointue. Il a su parier sur toutes sortes d'innovations en complément d'activités traditionnelles (bois, papier)." Sous la houlette de Jan Stenbeck, mort en 2002, "ce groupe à part en Suède s'est formé tout seul et a préservé sa liberté. Cela correspond à mes valeurs et à mon tempérament".
Après avoir pris les rênes de Volvo en 1971, à l'âge de 35 ans, "PG", comme le surnomment ses compatriotes, a tenté diverses alliances pour assurer le développement d'un groupe qui allait devenir le plus puissant de Suède. D'abord avec Scania, son rival suédois dans les poids lourds, puis avec l'Etat norvégien, en échange de participations dans des champs pétroliers de la mer du Nord. En vain. Il s'est ensuite associé, dans les années 1980, à des partenai- res locaux qui se sont révélés peu fiables.
"Les erreurs que j'ai commises dans ma vie, la presse suédoise en a dressé une longue liste !", ironise- t-il en plissant ses petits yeux. Mais le mariage - manqué - avec Renault ne mérite pas, à son avis, de figurer sur cette liste. "C'était un bon projet. Cela n'a pas fonctionné. Mais je ne regrette pas d'avoir essayé", assure celui qui a été désavoué sur ce dossier par ses actionnaires et lâché par quelques-uns de ses adjoints, à l'automne 1993.
"Cette affaire était très sensible", se souvient-il. D'une part, en raison des liens qui unissaient encore Renault à l'Etat français. D'autre part, parce que celui-ci est "connu pour être parfois très interventionniste". En outre, insiste "PG", Paris a tardé à se décider : "Plus de deux ans, c'est trop long." Aussi, lorsque le gouvernement d'Edouard Balladur s'est enfin jeté à l'eau, poursuit-il, la réaction a vite été négative côté suédois, parce que Volvo, contrairement à son partenaire, était en train de sortir d'une période difficile.
M. Gyllenhammar n'évoque pas ses responsabilités dans le dossier. Et, notamment, le fait qu'il ait tardé à rendre publiques les exigences de l'Etat français en vue d'obtenir une voix prépondérante dans le futur groupe. "Tout peut toujours être fait d'une autre façon,concède-t-il. Je n'ai pas beaucoup réfléchi à cette histoire, après coup. Je préfère garder de l'énergie pour aller de l'avant."
Le Suédois observe qu'aujourd'hui "Renault est une entreprise efficace et bien gérée. Ceux qui disaient que cette société n'était pas digne d'une alliance -avec Volvo- doivent revoir leur jugement...". Pourtant, "c'était risqué" de la part du français de prendre, en 1999, une participation (44,4 %) dans le japonais Nissan alors que celui-ci se portait mal. "L'alliance a fonctionné. Nissan a beaucoup gagné en valeur, elle dispose d'une direction respectée et talentueuse, ce qui a bénéficié à Renault."
Il se félicite aussi de la bonne santé actuelle de Volvo, tout en estimant qu'il aurait pu éviter de vendre sa division voitures - "le joyau du groupe" - à l'américain Ford en 1999. Quant à l'alliance conclue un an plus tard entre Volvo Poids lourds et la filiale camions de Renault, elle n'a fait que suivre "ce que nous avions préparé de mon temps...".Parce qu'elles sont cotées en Bourse, M. Gyllenhammar se refuse à tout commentaire à propos des entreprises de la sphère Kinnevik, en cours de réorganisation sous l'impulsion de Cristina Stenbeck, la fille aînée du patron décédé. S'il a accepté d'épauler cette femme de 26 ans, ce n'est en tout cas pas pour se venger des événements de 1993, assure "PG". "J'ai assez confiance en moi pour ne pas avoir à chercher à prendre une quelconque revanche."
Antoine Jacob
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-377576,0.html